La question de la mobilité dans les territoires est un enjeu important pour l’année à venir. En effet, au niveau législatif, la loi LOM permet de rebattre les cartes, les collectivités doivent ainsi définir si elles souhaitent récupérer leurs compétences liées à la mobilité à un niveau départemental, ou conserver la tutelle des Régions.

Ce choix dépend fortement de la capacité économique et humaine de la collectivité à pouvoir assumer ou non cette capacité.

La difficulté du maillage territorial

Cependant, ce n’est pas tant le sujet du jour. Aujourd’hui, la vraie question est celle du maillage territorial.
En effet, on observe des territoires ruraux souvent peu connectés par un réseau efficace de transport en commun.

Ainsi, en 2019, une étude menée par la société Ecov sur 355 agents publics de communautés de communes, démontre bien ce problème.

98% des répondants estiment l’offre de transports en commun classiques insuffisante pour répondre aux enjeux de la mobilité sur leur territoire.

Ecov – 2019

Aujourd’hui, il est complexe pour les collectivités de créer de nouvelles lignes en leur sein.

Premièrement, le coût des transports publics est souvent très élevé ; dans les territoires les plus ruraux, la taxe Versement Transport n’est pas forcément collectée par la collectivité, ou bien le montant peut être minime. En effet, toute collectivité n’est pas de fait une autorité organisatrice de la mobilité, comme expliqué dans notre article.

Ensuite, il est pour l’instant illusoire de se dire que les navettes autonomes pourraient venir diminuer le coût de ces installations, à la vue de leurs capacités actuelles.

De fait, le maillage territorial est un problème majeur. De grands flux passants sont pourtant identifiés sur les territoires, notamment les principaux axes domicile-travail empruntés par de nombreux conducteurs. Cependant, y positionner des lignes de transports en commun qui correspondent aux différentes heures d’embauches est difficile.

Qui plus est, les dessertes de ces bus ne sont pas directement devant l’entreprise, rendant plus compliqué le dernier kilomètre pour le salarié.

Par dernier kilomètre, nous entendons ici rejoindre le lieu de travail depuis la desserte de bus la plus proche (les choses se compliquent rapidement, notamment en cas de pluie ou de terrain en côte).

De ce fait, il ne reste qu’une solution envisageable pour palier à cette problématique de mobilité : le covoiturage.

Le covoiturage en territoire rural

Il existe deux façons de mettre en place du covoiturage dans un territoire rural :

  • La première façon est de le promouvoir auprès des individus (salariés, résidents, ect…) pour qu’ils le pratiquent de manière non-cadrée. Ce sont souvent des réseaux rassemblant des voisins, des adhérents d’une même association (sportive, culturelle…) ou encore entre collègues. Il s’agit donc d’une pratique liée au cercle proche.
  • La seconde façon est de structurer le covoiturage. Les collectivités publiques n’ont pas réellement les capacités de mettre en place tout le système de covoiturage nécessaire par elles-mêmes. De plus, les publics cibles ont souvent un mode de vie leur faisant travers quotidiennement plusieurs territoires administratifs. De ces faits, les collectivités vont déléguer cette tâche à des entreprises existantes, spécialisées dans le covoiturage.

Cette seconde méthode mérite approfondissement, car elle se confronte à plusieurs problématiques.

Tout d’abord, pour mettre en place ce genre de solutions, il faut un minimum de soutien de la collecitivité. Ainsi, il faut donner des lieux qui serviront d’aires de covoiturages, ou bien créer les structures.

A titre indicatif, selon l’ADEME, une aire de covoiturage peut représenter un investissement conséquent :

  • Aire rustique, moins de 10 places : 2 000€
  • Aire intermédiaire, 10 à 30 places : entre 15 000€ et 80 000€
  • Aire structurante, 20 à 75 places : entre 70 000€ et 180 000€
  • Aire structurante, plus de 75 places : plus de 350 000€

Les coûts varient donc selon l’équipement à pourvoir. Il peut être le plus simple (signalétique, panneaux…) ou bien plus important (parking, éclairage, relais et intermodalité des transports…)

Il existe ainsi différentes solutions privées de covoiturage sur les territoires. Dans les plus connues, nous retrouvons Klaxit, RézoPouce et BlaBlaLines. Cependant, centrées uniquement sur le covoiturage, ces solutions rencontrent un succès assez modéré.

Des freins multiples aux applications de covoiturage

En premier lieu, il faut réussir à dépasser les freins à l’usage du covoitureur : le covoiturage doit être une solution agréable, qui n’ajoute pas de contrariétés. Hélas, cela demande d’être rigoureux sur l’heure de départ, car d’autres personnes dépendent de vous. De plus, les détours ne doivent pas excéder 5 minutes, sous peine de démotiver le chauffeur-covoitureur.

Ensuite, viennent les freins au covoiturage de proximité. En France, culturellement, beaucoup de personnes sont réticentes à prendre des passagers hors leur entourage. BlaBlaCar a permis de casser les codes pour les longues distances, mais cela ne s’est pas encore ancré pour le covoiturage de proximité.

De plus, le covoiturage est, dans la très grande majorité des cas, présenté aujourd’hui comme un outil à part entière. Son manque d’intégration à des solutions intermodales rend cette mobilité confidentielle, car non connectée aux réseaux tiers.

Enfin, la plupart des personnes motivées par le covoiturage de proximité le sont en tant que conducteur, et non passagers. De ce fait, les utilisateurs se démotivent vite, ne trouvant aucun passager à transporter.

La mobilité, un enjeu à prendre dans son ensemble en impliquant tous les acteurs

Ainsi, ces applications ne viennent impacter qu’une partie de la mobilité alors qu’il faut prendre la problématique dans son ensemble pour avoir un impact.

Il faut accompagner un usager de son point de départ à son point d’arrivée, en connectant différents canaux d’écomobilité : covoiturage, transports publics ou encore vélo, afin de le fidéliser à une solution.

De plus, un grand travail d’éducation reste à faire auprès du grand public pour accompagner le changement dans les habitudes de déplacement. Cela ne peut se faire sans collaboration entre entreprises (dans le cadre de leur plan mobilité), collectivités et acteurs de la mobilité.

Cependant, au vue des attentes écologiques et économiques des citoyens, le covoiturage semble faire partie de la solution pour palier à la précarité de mobilité de nombreux territoire, en créant un maillage territorial plus complet et efficace.